Affaire Bello Mohamadou et Simo Yvan : Six ans de détention sans jugement – Quand la justice oublie ses enfants
Sensibilisation
Publié le juillet 2, 2025 par ALI MOHAMADOU
L'ESSENTIEL
Par Lompouognigni Alima Gaëlle Caline, Promotrice de l’Association d’Assistance à l’Intégration des Enfants Défavorisés (AAIED) Le temps s’est figé en mars 2018 pour Bello Mohamadou et […]
Découvrez ci-dessous le témoignage complet et les actions entreprises par l'AAIED.
Le témoignage complet
Le récit, tel que documenté par nos équipes de terrain
Par Lompouognigni Alima Gaëlle Caline, Promotrice de l’Association d’Assistance à l’Intégration des Enfants Défavorisés (AAIED)
Le temps s’est figé en mars 2018 pour Bello Mohamadou et Simo Yvan, deux frères incarcérés au quartier des mineurs de la prison de New-Bell à Douala. Âgés de 16 ans à l’époque des faits, ils attendent depuis plus de six ans un procès pour meurtre. Sans jugement, sans condamnation, dans un silence assourdissant des institutions censées les protéger.
Une rixe tragique au Lycée Bilingue de Deido
Tout commence en mars 2018 lorsqu’une bagarre éclate entre deux groupes d’adolescents dans l’enceinte du Lycée Bilingue de Deido. Le conflit, d’une violence rare, se solde par la mort d’un jeune élève, Blério.
Quatre garçons sont interpellés : l’un prend la fuite ; un autre, en liberté provisoire, disparaît dans la nature ; les deux restants, Bello Mohamadou et Simo Yvan, frères issus de la même mère, sont arrêtés et placés en détention provisoire. Depuis, leurs vies sont suspendues derrière les murs de la prison, sans jugement ni condamnation.
Une procédure bloquée entre lenteurs, décès, et abandon judiciaire
Lorsque nous reprenons nos activités en 2022, après une pause due à la pandémie de Covid-19, nous retrouvons ces deux jeunes toujours détenus. Le parcours de leur dossier révèle une série de dysfonctionnements inquiétants : le premier juge en charge du dossier meurt dans un accident ; le dossier est confié à un nouveau magistrat, qui recommence toute la procédure à zéro, mais suspend son action à cause d’un pan parallèle de l’affaire en traitement à la Cour d’appel de Bonanjo ; une fois cette procédure terminée, une audience de délibéré est fixée pour janvier 2025 ; mais un appel introduit par la partie adverse transfère l’affaire à la Cour Suprême à Yaoundé. Depuis ? Silence total. Aucun retour, aucune audience, aucune avancée. L’affaire semble disparue dans les méandres judiciaires.
Une violation grave des droits de l’enfant
Au-delà de l’injustice, c’est une illégalité manifeste. Le droit camerounais, tout comme les textes internationaux (notamment la Convention relative aux droits de l’enfant et la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant), garantissent à tout mineur en conflit avec la loi une procédure adaptée à son âge, une prise en charge éducative plutôt que punitive, et surtout un jugement dans des délais raisonnables.
Six ans de détention préventive pour des mineurs non jugés relèvent d’une détention arbitraire. C’est un déni de justice pur et simple.
Des lettres mortes aux institutions
En 2022, nous avons saisi par courrier la Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés (CNDHL). À ce jour, aucune réponse. Pourtant, cette affaire incarne les abus mêmes que cette institution est censée dénoncer et corriger.
Aujourd’hui, que leur reste-t-il ? Ces enfants sont devenus des adultes. Mais comment se reconstruire sans justice ? Que reste-t-il à ces jeunes, privés de liberté, de scolarité, d’avenir ? Que reste-t-il à leur mère, qui attend un procès qui ne vient jamais ? Que nous reste-t-il, à nous citoyens, si la justice oublie les plus vulnérables ?
Nous lançons un appel : à la justice camerounaise, pour qu’elle mette fin à cette attente inhumaine ; à la Cour Suprême, pour qu’elle statue sans délai sur l’appel ; aux organismes nationaux et internationaux, pour qu’ils exigent le respect du droit ; aux médias, pour qu’ils brisent le silence ; à la société civile, pour qu’elle ne détourne pas le regard.
Bello Mohamadou et Simo Yvan ne réclament pas la pitié. Ils demandent simplement ce que tout citoyen mérite : un procès équitable.



































