Négligence judiciaire envers les mineurs détenus à Douala : l’AAIED tire la sonnette d’alarme

Justice pour les mineurs détenus : l’urgence d’agir face à une violation silencieuse des droits de l’enfant

mars 31, 2026

Négligence judiciaire envers les mineurs détenus à Douala : l’AAIED tire la sonnette d’alarme

Sensibilisation

Publié le juin 3, 2026 par ALI MOHAMADOU

L'ESSENTIEL
Une fois de plus, nous nous voyons contraints de dénoncer publiquement les défaillances criantes de notre système judiciaire à l’égard des mineurs en conflit avec la […]

Découvrez ci-dessous le témoignage complet et les actions entreprises par l'AAIED.

Le témoignage complet

Le récit, tel que documenté par nos équipes de terrain

Une fois de plus, nous nous voyons contraints de dénoncer publiquement les défaillances criantes de notre système judiciaire à l’égard des mineurs en conflit avec la loi, en particulier ceux issus de milieux précaires. Ces enfants, déjà fragilisés par leurs conditions de vie, se retrouvent doublement victimes : d’abord par les circonstances qui les ont conduits devant la justice, ensuite par l’indifférence et la désorganisation d’un système qui est pourtant censé les protéger.

L’AAIED a documenté trois cas concrets, relevés dans deux parquets distincts de la ville de Douala, qui illustrent avec force cette réalité inacceptable.

Au TPI de Ndokoti

Un mineur en détention n’a pas été extrait pour comparaître depuis deux mois. La raison invoquée : un simple oubli de la greffière. Deux mois de liberté volée à un enfant, pour une négligence administrative que rien ne justifie.

Un second mineur, dont la première audience remonte au 11 avril 2025, n’a à ce jour jamais été extrait du lieu de détention. Son dossier semble avoir été perdu dans les méandres d’un système qui ne le cherche pas.

Au TPI de Bonanjo

Un adolescent aurait dû comparaître libre depuis le 10 septembre 2025. Cette date est passée. Il est pourtant toujours derrière les barreaux. Aucune explication officielle. Aucune démarche engagée pour régulariser sa situation. Il attend, dans l’oubli.

Un système qui promet, mais ne change pas

Ces cas ne sont pas des exceptions. Ils sont le reflet d’une pratique systémique que nous dénonçons année après année, sans que rien ne bouge réellement.

Des procureurs effectuent pourtant des descentes mensuelles dans les lieux de détention. Ils recensent, ils écoutent, ils promettent. Les enfants les croient. Puis les semaines passent, les mois s’écoulent, et rien ne change. Ces visites, aussi régulières soient-elles, ne produisent aucun effet concret sur le quotidien de ces mineurs abandonnés à leur sort.

Et il y a ce que l’on n’ose pas toujours nommer clairement : le marchandage de certains greffiers. Ces pratiques, bien connues des familles et des acteurs de terrain, constituent une barrière supplémentaire pour les mineurs dont les proches n’ont pas les moyens de payer. Quand l’accès à la justice devient une question d’argent, ce ne sont plus les plus coupables qui restent enfermés, mais les plus pauvres.

Notre position

L’AAIED réaffirme avec force que chaque jour de détention injustifiée est une violation des droits fondamentaux de l’enfant. Nous appelons les autorités judiciaires compétentes à prendre leurs responsabilités, à sanctionner les manquements documentés, et à mettre en place des mécanismes de suivi rigoureux des dossiers des mineurs détenus.

Ces enfants n’ont pas de voix puissante pour se défendre. Nous serons la leur, aussi longtemps qu’il le faudra.

La promotrice de l’AAIED

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