Crise post-électorale d’octobre 2025 : la situation préoccupante des mineurs toujours détenus
Sensibilisation
Publié le mars 11, 2026 par ALI MOHAMADOU
L'ESSENTIEL
Plusieurs mois après la crise post-électorale d’octobre 2025 au Cameroun, la situation de nombreux mineurs arrêtés lors des marches demeure profondément préoccupante. Alors que les tensions […]

Découvrez ci-dessous le témoignage complet et les actions entreprises par l'AAIED.
Le témoignage complet
Le récit, tel que documenté par nos équipes de terrain
Plusieurs mois après la crise post-électorale d’octobre 2025 au Cameroun, la situation de nombreux mineurs arrêtés lors des marches demeure profondément préoccupante. Alors que les tensions politiques se sont progressivement apaisées, plusieurs adolescents restent encore détenus dans les prisons du pays, traités comme de véritables malfaiteurs.
Cette réalité soulève de nombreuses interrogations. Comment comprendre que des enfants, pour la plupart arrêtés lors de marches qualifiées de pacifiques, soient encore privés de liberté plusieurs mois après les faits ? Comment expliquer que certains magistrats puissent considérer ces dossiers comme non prioritaires, alors même que la détention d’un mineur devrait être examinée avec la plus grande diligence ?
Plus inquiétant encore, certains parents affirment avoir été confrontés à des pratiques d’extorsion de la part de certains greffiers, qui exigeraient de l’argent pour accélérer les procédures ou faciliter l’accès aux dossiers. Pour des familles déjà fragilisées par la situation de leurs enfants, ces pratiques constituent une souffrance supplémentaire et une grave atteinte aux principes d’équité et de justice.
Pourtant, selon plusieurs témoignages et observations de terrain, la majorité des adolescents interpellés lors des manifestations ne participaient pas à des actes de pillage ou de violence. Beaucoup étaient simplement présents dans les environs, par curiosité ou par imprudence, parfois loin même des lieux où les incidents les plus graves ont été signalés.
Ces jeunes, souvent âgés de moins de 18 ans, se retrouvent aujourd’hui confrontés à la dure réalité de la détention, alors que les normes nationales et internationales relatives aux droits de l’enfant insistent sur la protection particulière qui doit leur être accordée.
Les obligations juridiques relatives à la protection des mineurs
Le Cameroun est pourtant signataire de plusieurs instruments juridiques internationaux qui protègent les droits des enfants. Parmi eux figure la Convention relative aux droits de l’enfant, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 20 novembre 1989 et ratifiée par le Cameroun.
L’article 37 de cette convention est particulièrement clair. Il stipule que : nul enfant ne doit être soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ; l’arrestation, la détention ou l’emprisonnement d’un enfant doit être une mesure de dernier ressort et d’une durée aussi brève que possible ; tout enfant privé de liberté doit être traité avec humanité et dans le respect de sa dignité.
L’article 40 rappelle également que tout enfant suspecté ou accusé d’avoir enfreint la loi pénale doit être traité d’une manière qui favorise son sens de la dignité et de la valeur personnelle, tout en tenant compte de son âge et de l’importance de sa réintégration dans la société.
Au niveau national, la législation camerounaise elle-même reconnaît le principe de l’intérêt supérieur de l’enfant, qui doit guider toute décision administrative ou judiciaire le concernant. Les juridictions pour mineurs et les procédures adaptées existent précisément pour éviter que les enfants ne soient soumis aux mêmes conditions que les adultes dans le système pénal.
Des démarches entreprises, mais une situation qui évolue lentement
Face à cette situation, plusieurs démarches ont été entreprises afin d’obtenir une issue favorable pour ces enfants. Des correspondances ont été adressées au Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, ainsi qu’au Procureur Général près la Cour d’Appel du Wouri.
Parallèlement, un travail de collaboration a été engagé avec des avocats afin d’assurer la défense de ces mineurs et de faire avancer les procédures judiciaires.
Malgré ces initiatives, les résultats restent limités et les familles continuent d’attendre des décisions concrètes.
Une visite judiciaire sur le terrain
Dans la journée du mardi 10 mars 2026, un juge de la Cour d’Appel s’est rendu sur le terrain pour effectuer un constat. Au cours de cette descente, il a rencontré les mineurs encore détenus.
À ce jour, neuf enfants se trouvent toujours à la prison de Douala New Bell, tandis qu’une vingtaine d’autres sont détenus à la prison de Ngoma. Ces chiffres rappellent que, derrière les procédures et les dossiers, il s’agit avant tout d’enfants dont l’avenir est en jeu.
Un appel à la justice et à la responsabilité
Maintenir ces adolescents en détention pendant de longs mois pose une question fondamentale : quelle place la société accorde-t-elle réellement à la protection des enfants ?
Les mineurs doivent être accompagnés, encadrés et éduqués, non pas enfermés durablement dans des établissements pénitentiaires. La justice des mineurs n’a pas pour vocation de punir sévèrement, mais plutôt de corriger, protéger et favoriser la réinsertion.
Ces enfants n’ont commis aucun crime grave. Leur faute, pour la plupart, aura été de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, ou de ne pas avoir écouté les mises en garde des adultes.
Dans un État de droit, la protection de l’enfance doit rester une priorité. C’est pourquoi de nombreuses voix continuent de s’élever aujourd’hui pour demander une mesure simple mais essentielle : la libération de ces enfants et l’application effective des droits qui leur sont reconnus par la loi.
Madame Lompouognigni Alima Gaëlle, Promotrice de l’AAIED.




































