Cameroun : Les adolescents abandonnés entre les rues et les prisons
Sensibilisation
Publié le octobre 30, 2025 par ALI MOHAMADOU
L'ESSENTIEL
Ils s’indignent… De voir des adolescents, âgés de 12 à 17 ans, marcher dans les rues. Ils s’indignent… Parce que ces jeunes pillent, crient, se révoltent. […]
Découvrez ci-dessous le témoignage complet et les actions entreprises par l'AAIED.
Le témoignage complet
Le récit, tel que documenté par nos équipes de terrain
Ils s’indignent… De voir des adolescents, âgés de 12 à 17 ans, marcher dans les rues.
Ils s’indignent… Parce que ces jeunes pillent, crient, se révoltent.
Ils s’indignent encore… Parce qu’ils écrivent difficilement, parce qu’ils seraient « mal éduqués ».
Mais nous, acteurs de terrain, savons. Nous savons les réalités derrière ces visages fatigués. Nous savons que ces adolescents sont les oubliés de notre société.
Chaque jour, nous nous battons pour que leurs droits fondamentaux soient respectés, ces droits inscrits pourtant noir sur blanc dans la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE) : le droit à l’éducation, le droit à la santé, le droit à la nutrition, le droit au logement, le droit à la protection.
Des droits qui, dans notre pays, restent des mots sans vie.
Des enfants laissés à eux-mêmes
Il suffit d’observer nos rues, nos chantiers, nos marchés… Des milliers d’adolescents y travaillent, mendient ou errent. Ils devraient être à l’école, mais l’école est devenue un luxe. Les parents, écrasés par le coût de la vie, ont souvent démissionné par épuisement. Et l’État, lui aussi, a démissionné — faute de budget, faute de volonté.
Pendant ce temps, nos 76 prisons au Cameroun accueillent des enfants que la société a d’abord négligés, puis punis.
Allez-y, visitez-les. Écoutez les motifs pour lesquels ces adolescents sont enfermés : vol d’un demi-régime de plantain, vol de 6 kg de viande, vol d’une alvéole d’œufs, vol d’un sac de macabo, vol d’un sac de pain. Des vols de survie, pas de violence.
Et pourtant, ces enfants ont passé entre 6 mois et 1 an derrière les barreaux. Dans certaines prisons, ils sont oubliés — sans suivi judiciaire, sans avocat, sans voix. Pire encore, ils partagent les cellules, les cours et les toilettes avec les détenus majeurs.
Les textes disent qu’ils doivent être protégés. Mais comment protéger ceux qu’on ne regarde même plus ?
Une génération abandonnée
Alors que le pays traverse une crise électorale, les rues sont pleines de jeunes. Ceux qui manifestent, ceux qui réclament simplement le droit d’exister. Et nous, les adultes ? Nous restons derrière nos écrans à juger, à insulter, à condamner. Mais bientôt, nos prisons seront encore saturées d’adolescents arrêtés, déférés, puis oubliés — encore une fois.
Un appel à l’action
Nous lançons un appel à tous les défenseurs des droits de l’enfant, à toutes les organisations, associations, institutions, à toutes les voix qui croient encore en la justice et en l’humanité : Unissons-nous. Soutenons ces adolescents. Défendons-les. Redonnons-leur une chance.
Parce qu’un enfant qui vole pour manger n’est pas un criminel — c’est un enfant que la société a laissé mourir de faim.



































